Comprendre la taxe climat : une réponse fiscale au défi environnemental

Comprendre la taxe climat : une réponse fiscale au défi environnemental

Partout dans le monde, les catastrophes liées au changement climatique se multiplient et affectent fortement les populations vulnérables. Ce phénomène accentue les inégalités entre pays et au sein des sociétés. Dans ce contexte, l’idée d’une taxe climat appliquée aux grandes entreprises fossiles suscite un intérêt croissant.

Origines de la Taxe 

Le concept de Climate Damages Tax (CDT) a été formalisé en décembre 2018 par l’ONG britannique Stamp Out Poverty, dans un rapport fondateur qui proposait de prélever une taxe sur la production pétrolière des multinationales pour financer l’adaptation au changement climatique.

Cette initiative a marqué la première formulation complète et structurée d’une taxation internationale des dommages climatiques. Elle a ensuite été relayée en 2022 par Greenpeace, Oxfam et les Amis de la Terre. Cette taxe viserait les profits des entreprises fossiles pour financer les pertes climatiques. Mais comment fonctionnerait-elle concrètement, et avec quels effets ?

Taxer les géants du carbone, pas les citoyens ordinaires

La taxe climat viserait principalement les 590 plus grandes entreprises du secteur fossile (pétrole, gaz, charbon), dont les bénéfices cumulés ont atteint environ 583 milliards de dollars en 2022. En France, des groupes du CAC40 pourraient être concernés par ce type de mécanisme fiscal. 

L’idée serait d’appliquer une taxation non seulement sur les bénéfices nets, mais aussi sur d’autres sources de revenus comme les dividendes, les plus-values, les transmissions patrimoniales fortement carbonées, ou encore certaines formes de consommation à forte empreinte carbone.

L’objectif avancé par les promoteurs de cette taxe est double : mobiliser des ressources pour financer la transition écologique et les pertes climatiques, tout en encourageant un désengagement progressif des activités les plus émettrices. Plusieurs propositions incluent aussi un impôt modulé selon l’empreinte carbone des entreprises ou une taxe sur les dividendes versés par des groupes non alignés avec les objectifs climatiques.

Quels effets attendus de la taxe climat ?

Tout d’abord, selon une analyse publiée par Oxfam en 2023, la mise en place d’une taxe climat sur les bénéfices des entreprises fossiles pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 400 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale. Ces ressources pourraient être réinvesties dans la transition énergétique, l’adaptation au changement climatique et la réparation des pertes et dommages subis par les populations les plus vulnérables.

Par ailleurs, cette taxe aurait aussi pour effet de réduire partiellement les marges bénéficiaires des grandes entreprises fossiles, ce qui pourrait les inciter à désengager progressivement leurs capitaux des activités les plus émettrices en carbone. L’objectif ne serait pas de punir, mais de modifier les incitations économiques en faveur d’un modèle plus durable.

Une taxe pensée d’abord pour rééquilibrer, plus que pour transformer les comportements

Enfin, sur le plan fiscal, Oxfam insiste sur l’intérêt de cette taxe pour rééquilibrer la charge fiscale mondiale, en sollicitant davantage les entreprises dont les activités sont historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre. Les recettes attendues, jusqu’à 400 milliards de dollars par an, seraient destinées à financer la transition climatique, notamment dans les régions les plus exposées aux pertes et dommages.

Mais contrairement à d’autres instruments fiscaux environnementaux, cette taxe ne relève pas à proprement parler de la fiscalité comportementale. Elle ne repose ni sur un signal-prix clair, ni sur un mécanisme incitatif visant directement à modifier les stratégies d’investissement ou de production des entreprises concernées. L’effet comportemental éventuel, comme le désengagement progressif des actifs carbonés, reste secondaire, incertain et non garanti.

Ce qui est au cœur de cette mesure, c’est bien sa dimension réparatrice et redistributive, plus que sa capacité à transformer les pratiques des grandes entreprises. Elle s’inscrit ainsi dans une logique de justice climatique et fiscale, mais s’éloigne des approches traditionnelles de la fiscalité environnementale, qui cherchent d’abord à corriger un comportement via la contrainte économique. C’est un point de distinction fondamental qu’il convient de souligner.

Sources :

Le Journal de l’Économie – 23/06/2025 – Taxe climat : un levier fiscal plébiscité pour financer la transition écologique

Oxfam International  – 19/06/2025 – Selon un sondage mondial, 8 personnes sur 10 sont favorables à l’imposition des entreprises pétrolières et gazières pour financer la lutte contre les dommages climatiques

Oxfam International  – 19/06/2025 – Rich polluter profits tax could raise up to $400 billion and help phase out fossil fuels

Oxfam International  – 01/12/2018 – The Climate Damages Tax, A guide to what it is and how it worksTaxe Climat