Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 prévoit plusieurs évolutions fiscales concernant directement le transport aérien. Hausse de la contribution de certains grands aéroports, aménagements fiscaux pour préserver certaines liaisons et nouveau mécanisme de soutien aux carburants de synthèse : le texte mobilise la fiscalité à la fois comme source de financement et comme levier d’orientation des comportements du secteur.
Faire davantage contribuer les infrastructures les plus rentables
L’article 22 du PLF prévoit de rendre progressive la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance (TEITLD). Actuellement fixée à 4,6 %, elle resterait à ce niveau lorsque la rentabilité est inférieure à 20 %, puis augmenterait progressivement pour atteindre 12,2 % lorsque celle-ci atteint ou dépasse 30 %.
Le Gouvernement entend ainsi concentrer l’effort fiscal sur les exploitants présentant les niveaux de rentabilité les plus élevés, tout en préservant le financement des infrastructures de transport. Le rendement total de cette taxe, qui concerne également d’autres infrastructures que les aéroports, augmenterait d’environ 800 millions d’euros pour atteindre 1,4 milliard d’euros par an.
Les professionnels du secteur aérien alertent toutefois sur un possible effet de répercussion. Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (SCARA) estime que les gestionnaires d’aéroports pourraient répercuter une partie de cette charge sur les redevances versées par les compagnies aériennes, lesquelles pourraient, à leur tour, ajuster leurs tarifs.
L’incidence réelle de cette hausse fiscale sur le prix des billets d’avion reste donc incertaine et constitue un point de débat entre le Gouvernement et les acteurs du secteur.
Une fiscalité modulée pour protéger certaines liaisons
Parallèlement à cette hausse, le PLF prévoit des aménagements fiscaux pour certaines dessertes aériennes.
L’article 21 maintient notamment un tarif réduit de la taxe de solidarité sur les billets d’avion pour les vols soumis à une obligation de service public et étend ce traitement à certaines liaisons empruntées par les résidents ultramarins. Une exonération est également prévue, sous certaines conditions, pour des vols européens au départ de Strasbourg.
La fiscalité remplit ici une autre fonction : éviter qu’une taxation uniforme ne fragilise des liaisons jugées essentielles à la continuité territoriale ou à l’accessibilité de certains territoires.
Ces dispositions illustrent la volonté de concilier les objectifs de rendement fiscal avec les enjeux d’aménagement du territoire et de mobilité.
Faire financer la transition par les carburants fossiles
Le volet environnemental le plus directement lié à la fiscalité comportementale figure à l’article 24.
Le PLF prévoit la création d’un mécanisme destiné à soutenir le développement d’une filière française de carburants de synthèse pour l’aviation, présentés par le Gouvernement comme l’un des leviers de décarbonation du secteur à moyen terme.
Le principe est particulièrement intéressant du point de vue de la fiscalité comportementale : si les autres ressources du dispositif ne suffisent pas, une contribution serait prélevée auprès des fournisseurs de carburéacteur fossile, proportionnellement aux volumes mis à la consommation, afin de financer le développement des carburants de synthèse.
Autrement dit, la consommation de carburant fossile contribuerait au financement d’une alternative potentiellement moins carbonée.
Ce mécanisme repose sur une logique incitative indirecte : il ne vise pas nécessairement à modifier immédiatement les comportements des passagers, mais à accompagner la transformation de l’offre énergétique du secteur aérien.
Entre rendement fiscal et transition écologique
Le PLF 2027 illustre ainsi les différentes finalités que peut poursuivre une politique fiscale : générer des recettes, préserver certaines mobilités et accompagner la transition énergétique.
Du point de vue de la fiscalité comportementale, la question centrale reste celle de l’efficacité réelle de ces dispositifs. Dans quelle mesure ces évolutions fiscales influenceront-elles les décisions d’investissement des gestionnaires d’aéroports, les stratégies des compagnies aériennes ou encore le développement des carburants alternatifs ?
Leur incidence sur le prix des billets et, à terme, sur les choix des voyageurs constituera également un indicateur important pour apprécier leurs effets.
Ces dispositions restent, à ce stade, celles d’un projet de loi déposé le 1er octobre 2026 et sont susceptibles d’évoluer au cours de l’examen parlementaire.
Sources :
La Tribune, Les acteurs de l’aérien s’estiment pris à revers par les nouvelles augmentations de taxes, 3 octobre 2026.
Air Journal, Budget 2027 : les aéroports français dénoncent une nouvelle hausse de fiscalité, 2 octobre 2026.
L’Echo touristique, Budget 2027 : l’aérien vent debout contre une nouvelle hausse des taxes aéroportuaires, 2 octobre 2026.
Bfmtv, Le secteur aérien prévient que le triplement d’une taxe visant les gestionnaires d’aéroports dans le budget 2027 va se traduire par une hausse du prix des billets d’avion, 2 octobre 2026.




